Une administration ne se mesure pas au nombre de conférences auxquelles elle participe ni au volume de communiqués qu’elle produit
Le 25 juin 2026, à la tribune de la Commission de consolidation de la paix des Nations Unies à New York, la ministre de la Planification et de la Coopération externe, Sandra Paulémon, a défendu une Haïti de l’espoir, des opportunités et de la paix durable. Le discours était construit autour de récits humains, de références à la dignité, à l’inclusion sociale et à la nécessité de lier sécurité, développement et justice sociale.
Pourtant, derrière cette communication diplomatique soigneusement élaborée, une question demeure : quel résultat concret cette administration peut-elle aujourd’hui présenter à la population haïtienne ?
Depuis plusieurs mois, les déplacements internationaux, les rencontres bilatérales, les forums multilatéraux et les séances de travail avec les partenaires étrangers se succèdent. Les communiqués officiels relatent régulièrement des échanges autour de la résilience, du développement durable, de la gouvernance, de la paix ou encore du renforcement institutionnel. Les photographies de réunions et de signatures d’accords occupent une place importante dans la communication gouvernementale.
Sur le terrain cependant, les indicateurs visibles demeurent difficiles à identifier. Aucun programme majeur de création d’emplois n’a été présenté publiquement par le ministère. Aucun calendrier précis de reconstruction n’a été rendu public. Aucun tableau de bord permettant de mesurer les progrès des projets financés par les bailleurs internationaux n’est régulièrement communiqué aux citoyens.
La ministre a évoqué à New York les programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration, ainsi que les investissements réalisés dans les infrastructures communautaires. Mais combien de jeunes ont effectivement quitté les groupes armés ? Combien de quartiers ont retrouvé une présence effective de l’État ? Combien d’infrastructures ont été livrées, où se trouvent-elles et quels sont leurs impacts mesurables sur la vie des populations concernées ?
Le ministère de la Planification est traditionnellement chargé de définir les priorités nationales, d’assurer la cohérence des investissements publics et de produire une vision de développement sur plusieurs années. Une telle vision se traduit normalement par des objectifs, des échéances, des indicateurs et des mécanismes d’évaluation accessibles au public.
Or, la communication actuelle semble davantage centrée sur les intentions que sur les résultats, sur les engagements que sur les réalisations, sur les déplacements que sur les transformations observables.
Les visites se suivent, les déclarations se ressemblent et les thèmes reviennent avec une remarquable constance : paix, résilience, opportunités, inclusion, partenariat et développement durable. Pendant ce temps, les citoyens continuent de s’interroger sur les effets concrets de cette diplomatie active dans leur quotidien.
Une administration ne se mesure pas au nombre de conférences auxquelles elle participe ni au volume de communiqués qu’elle produit. Elle se mesure à sa capacité à transformer les ressources mobilisées en résultats perceptibles pour la population.
Sandra Paulémon bouge beaucoup. Ses déplacements sont visibles, ses interventions nombreuses, sa présence sur les scènes internationales régulière. Reste à savoir à quel moment cette activité diplomatique se traduira par des avancées suffisamment tangibles pour convaincre une population qui, depuis longtemps, ne juge plus les gouvernements à leurs discours, mais à leurs résultats.













