(English)
« L‘union fait la force », dit notre devise nationale.
La rencontre du samedi 7 août 1802, dans le département du Nord, à Plaisance, entre l’ancien esclave rebelle, révolté Jean-Jacques Dessalines et l’affranchi fils de la colonisation, revenu à Saint-Domingue avec l’expédition de Leclerc pour rétablir l’esclavage, Alexandre Pétion, surnommé le bombardier de la Crète à Pierrot a scellé le pacte qui conduirait non seulement à la première victoire d’une lutte de libération nationale en Amérique latine mais aussi à notre indépendance et la fondation d’Haïti le 1er janvier 1804.
Ce dialogue qui allait se convertir en un front uni entre ces deux ennemis a véritablement marqué le début de l’ère où les esclaves et les colonies du monde entier ont commencé à conquérir leur liberté.
Un « front uni » similaire a eu lieu en Chine il y a 89 ans. C’était en 1936, quand Tchang Kaï-chek, le chef suprême du Kuomintang, le parti dominant au pouvoir en Chine, avait mené une guerre sanglante et acharnée contre l’Armée rouge communiste de Mao Tsé Toung, basée dans le nord-ouest de la Chine. Des dizaines de milliers de Chinois ont péri dans cette lutte interne pour le contrôle du pouvoir politique et militaire.
Justement, en décembre 1936, l’armée de Tchang, dont de nombreux généraux et hommes de troupe approuvaient l’appel à l’unité des communistes pour chasser les impérialistes japonais qui s’emparaient du pays, se mutina contre lui et le fit prisonnier. Les insurgés appelèrent immédiatement les communistes à l’aide pour décider de la conduite à tenir.
Pouvons-nous tirer les leçons de nos ancêtres et des communistes chinois, qui ont tous deux inauguré par le dialogue et l’unité de classe des ères de libération ?
Les mutins souhaitaient exécuter Tchang, le considérant comme un traître, qui a battu en retraite face aux Japonais et collaboré avec eux. La décision finale fut laissée à Mao et les communistes, qui non seulement épargna la vie de Tchang, mais le rétablirent à la tête du Kuomintang, à condition qu’il accepte d’établir une coalition avec eux et de former une « Armée unie antijaponaise » afin de combattre l’ennemi commun.
Mao, interviewé par le journaliste américain Edgar Snow, pour le livre « Étoile rouge sur la Chine » paru en 1937, quelques mois plus tôt, alors qu’il dirigeait la révolution depuis une grotte de Pao An expliqua clairement que la Chine avait besoin de l’unité de son peuple et de toutes ses forces de classe, et non de leur division, pour conquérir son indépendance et son avenir :
« La victoire du mouvement de libération nationale chinois s’inscrira dans la victoire du socialisme mondial, car vaincre l’impérialisme en Chine signifie détruire l’une de ses bases les plus puissantes », déclara Mao. « Si la Chine obtient son indépendance, la révolution mondiale progressera très rapidement… Pour un peuple privé de sa liberté nationale, la tâche révolutionnaire n’est pas le socialisme immédiat, mais la lutte pour l’indépendance. Nous ne pouvons même pas parler de communisme si on nous prive d’un pays où le pratiquer.»
L’analyse de Mao était véritablement prophétique et sa stratégie progressiste de « front uni » était juste. Non seulement les Chinois ont réussi à chasser les Japonais et à accomplir une révolution sociale, 13 ans plus tard, en 1949, mais ils ont aussi donné naissance à une nation politiquement et économiquement puissante qui, en l’espace de seulement 70 ans, passant du statut d’État parmi les plus pauvres et les plus dysfonctionnels au monde à celui d’État le plus riche, le plus développé, le plus stable et le plus populaire. Le succès de la révolution chinoise a permis à son immense population de 1,4 milliard de personnes de sortir de la pauvreté et de renverser l’hégémonie que les États-Unis et l’Europe occidentale exercent sur la planète depuis plus de deux siècles.
En Haïti aujourd’hui, l’impérialisme américain dont la domination plus que centenaire s’empire et déstabilise le pays avec la complicité de la bourgeoisie haïtienne parasite, stérile, au pouvoir ; cette engeance bourgeoise a même osé bombarder sans aucun scrupule des enfants d’un quartier défavorisé. Depuis l’essor de leurs empires, il y a 300 ans, la stratégie anglo-américaine de domination hégémonique a toujours été de « diviser pour mieux régner », que ce soit en Afrique, en Asie ou dans les Amériques.
Pouvons-nous tirer aujourd’hui les leçons de nos ancêtres et des communistes chinois, qui ont tous deux inauguré par le dialogue et l’unité de classe des ères de libération et de progrès ?
La gauche haïtienne, si elle existe encore, ne doit pas continuer à se laisser emmener aveuglément par la bourgeoisie pro-impérialiste. Si elle veut dépasser sa faiblesse, elle n’a qu’une seule chance, celle de rejoindre le mouvement des masses opprimées et affamées pour organiser un nouveau véhicule politique populaire antiréformiste et anti-impérialiste. Les conditions des hommes dans la société déterminent leurs idées, leurs conceptions et leurs choix politiques, c’est ce qu’en dernier ressort le marxisme enseigne. L’heure est de s’unir avec les masses ouvrières, les prolétaires des ghettos malgré les accrocs, les déchirements, les douleurs, les conflits contre l’ennemi commun, l’impérialisme qui bouleverse de fond en comble la planète. C’est dans ce cas, qu’il convient sans doute de placer la proposition d’un dialogue national considérée par l’impérialisme américain comme étant l’arme fatale de destruction massive de l’hostilité extrême.
Entre Haïtiens, tous les compromis sont possibles. Certes, nous avons des classes sociales différentes avec des intérêts divergents, souvent antagonistes. La bourgeoisie et le prolétariat sont évidemment en désaccord. Cependant tout appel à l’unité à l’encontre de toutes forces d’occupation, de colonisation étrangère, d’où qu’il vienne, doit être pris en considération.
Prenons l’exemple du président Nicolas Maduro, n’a-t-il pas appelé son peuple à s’unir pour combattre les menaces extérieures de l’impérialiste sur la Révolution Bolivarienne ? Evidemment, dans cette bataille épique contre la montée du fascisme américain, une coalition de pays unis doit se constituer afin de se solidariser avec le peuple et le gouvernement vénézuélien. Dans ce cas, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) inféodé à l’impérialisme, dans quel camp placerait-il Haïti : celui de l’impérialisme américain ou celui du peuple Vénézuélien?
La révolution haïtienne de 1804 a marqué le début de la libération de toute l’Amérique latine que les États-Unis tentent aujourd’hui – désespérément et en vain – de contrer avec des troupes, des avions et des navires de guerre déployés contre Haïti, le Venezuela et la Colombie. Ils échoueront, tout comme ils ont échoué en Chine et au Vietnam.
Comme nous a enseigné le panafricaniste Kemi Seba, « les groupes armés ne sont pas nos ennemis, mais certainement l’impérialisme occidental. » Relisons donc l’histoire, tirons-en les leçons et reconstruisons notre nation. Ainsi, nous pourrons accomplir les mêmes miracles que ceux dont nous avons été témoins au cours du siècle dernier en Chine, sans parler d’autres nations voisines souveraines comme Cuba, le Nicaragua et le Venezuela.
Personne ne doit être dupe. Seule l’unité organisée sans sectarisme de toutes les forces populaires contre l’ennemi commun sera en mesure de stopper la domination agressive impérialiste de notre patrie. Elle seule pourra mener vers la libération nationale et sociale de notre pays.













