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Joel François, 72 ans, chauffeur de camion travaillant pour la mairie de Port-au-Prince, s’est rendu avec son fils, James Louis, 38 ans, de leur quartier pauvre de La Saline pour acheter des médicaments pour ses nombreuses affections, le dimanche 18 janvier.


Alors qu’ils rentraient chez eux vers 13h00, devant l’église Notre-Dame du Perpétuel Secours à Bel-air, des agents de la Police nationale haïtienne (PNH) les ont abattus tous les deux, ainsi qu’un chien qui se trouvait à proximité.
Leurs corps (et celui du chien) sont restés gisant dans la rue pendant des heures, tandis que les habitants terrifiés du quartier se cachaient chez eux.

Ce terrible meurtre n’est que l’un des dizaines commis par les escadrons de la mort de la PNH, en collaboration avec les quelque 200 mercenaires salvadoriens d’Erik Prince, travaillant pour Vectus Global, au cours du mois dernier dans le quartier pauvre de Bel-air, qui a été un champ de bataille régulier des luttes politiques en Haïti au cours des quatre dernières décennies.


Cette nouvelle vague de meurtres a débuté le 30 décembre 2025, lorsque des policiers ont abattu Nojeurson Jolyva, âgé de 16 ans, lors de leur première incursion sanglante dans le quartier, selon Marc André « Toto » Alexandre, généralement considéré comme le porte-parole officieux de Bel-air.
Il a fourni à Haïti Liberté une grande partie des photographies et des témoignages qui ont servi à l’élaboration de ce rapport.
Le massacre suivant a eu lieu le 1er janvier 2026, lorsque pas moins de 12 habitants du quartier ont été tués. Parmi eux figuraient Lenette Eliassaint, 72 ans, vendeuse de charbon ; Sammy Romulus, 27 ans, qui a reçu trois balles et est décédé à l’hôpital plus tard dans la nuit ; Stephenson Payen, 17 ans ; Laguerre Rumenigge Junior, 43 ans ; Pierre-Noel Jeff-Georges Fils, 42 ans ; Claudy Jatelin, 34 ; Johnny François, 55 ans, qui travaillait au ministère de l’Éducation Nationale ; et Réginald Hyppolite, 65 ans.

La plupart des victimes ont été tuées chez elles ou dans leurs cours, a rapporté Alexandre.



Dans la soirée du 7 janvier, un important déploiement de policiers et de mercenaires a attaqué sauvagement un immeuble de la rue des Fronts-Forts, en face de l’école maternelle La Rose, tuant au moins 15 personnes, dont des enfants. Les balles de gros calibre qui ont criblé les murs ont laissé d’énormes trous dans la façade du bâtiment. Parmi les victimes figuraient une jeune femme connue sous le seul nom de Thana, 20 ans, Jefferson Barthélémy, 14 ans, Jérôme Bastien, 60 ans, Jean Wystil, 29 ans, Guerda Germain, 31 ans, Paulo Jeanty, 33 ans, et Lexi Dieurilus, 75 ans.

« Il n’y avait pas de bandits dans cet immeuble », a expliqué Alexandre. « Personne ne peut prétendre qu’il y en avait… Ils ont tiré sur des gens qui prenaient leur douche, du savon à la main [une référence à Jean Wystil]. Après avoir tué toutes les personnes présentes, les mercenaires ont prétendu avoir trouvé une arme dans une pièce. C’est ainsi qu’ils ont justifié les meurtres ».


Alexandre a eu du mal à recueillir des informations sur les autres victimes car, après les attaques de la police et des mercenaires, de nombreux habitants de Bel-air ont fui leurs maisons, craignant de nouvelles violences.
De nouveaux meurtres ont eu lieu le lundi 12 janvier, lorsque des policiers ont abattu Gieya Louis, 34 ans, et Roody Alténord, 25 ans, chauffeur de moto-taxi, rue Lamarre.
Puis, le dimanche 25 janvier, des mercenaires ont été interrogés et abattus presque immédiatement Edyson Dorcé Metuchela, 25 ans, vendeur de pain et de saucisses, ancien élève du lycée Alexandre Pétion.

« Ils venaient de lui parler », a expliqué Alexandre dans une vidéo filmée peu après le meurtre de Metuchela. « Ils lui ont demandé où il habitait, il leur a dit, et puis, ils l’ont abattu. »


Après les massacres, Alexandre et d’autres personnes ont aidé les familles extrêmement pauvres de Belair à organiser les funérailles de leurs proches. Beaucoup n’ont toujours pas les moyens de payer les obsèques. Pour les lecteurs souhaitant contribuer aux frais funéraires des personnes assassinées par le gouvernement de transition. Contactez Marc André « Toto » Alexandre au bon soin de Flore Nicolas, téléphone 011 509 3405 0143.












