Dans le grand cirque géopolitique, Haïti n’est jamais qu’une scène secondaire. Un projecteur s’allume, un nom circule — Izo, chef de gang notoire, figure emblématique de la coalition “Viv Ansanm” — et soudain, Washington annonce une récompense d’un million de dollars pour sa capture. Rideau levé. Applaudissements feutrés. Caméras braquées.
Mais derrière l’annonce spectaculaire, une question s’impose : à qui s’adresse réellement ce message et pourquoi ont-ils choisi ce moment précis ? Représentait-il ce même danger lorsque l’opposition au gouvernement de Jovenel Moïse l’utilisait pour semer le chaos par l’enlèvement contre rançon dans le pays ?
Viv Ansanm : coalition ou construction utile ?
“Viv Ansanm” — littéralement “Vivre Ensemble” — est devenu le label médiatique d’une alliance de gangs que les propagandistes des classes dominantes prétendent contrôler des pans entiers de Port-au-Prince. Ports, axes stratégiques, quartiers populaires, circuits d’approvisionnement : tout passe par eux ou ne passe pas. Une telle campagne ne sert qu’à duper davantage les masses populaires afin que les escrocs au service puissent se blanchir, et faire croire qu’ils sont des innocents et le diable, le destructeur, est dans le camp du peuple.
Cette coalition dont on fait responsable de tous les problèmes est-elle seulement un monstre né du chaos haïtien sinon le produit indirect d’années de manipulations, d’abandons, de complicités politiques et économiques ?
Elle ne surgit pas du néant. Elle prospère dans les interstices du pouvoir. Elle naît quand l’État abdique. Elle grandit quand les élites pactisent. Elle explose juste après la déstabilisation programmée et consommée de l’impérialisme en Haïti.
Etats-Unis : la prime et la morale sélective
Un million de dollars pour Izo. Un million pour un homme qui, hier encore, évoluait dans un écosystème connu, documenté, analysé par toutes les chancelleries occidentales. Les États-Unis veulent nous montrer qu’ils ont de bonnes intentions, qu’ils veulent aider Haïti, ils offrent des récompenses pour l’arrestation d’Izo. En réalité, c’est une façon de se moquer de nous, car c’est leur projet que ceux qui ont créé Izo sont en train de mettre en œuvre pour leur compte. Alors pourquoi aujourd’hui la posture de la récompense publique ? Parce qu’une prime, c’est une narration. C’est un message diplomatique. Un outil de pression pour que la vérité ne soit jamais dévoilée!
Le théâtre américain
La prime fonctionne comme un acte de communication stratégique : elle repositionne Washington comme acteur engagé contre l’insécurité haïtienne. Elle délègue l’action au terrain local. Elle évite l’engagement militaire direct et ses coûts politiques.
C’est la diplomatie de la distance : frapper sans apparaître, influencer sans s’impliquer frontalement.
Mais pendant que les projecteurs éclairent Izo, une question reste dans l’ombre : Qui a ouvert le robinet pour que les armes se répandent ainsi en Haïti ? Qui profite de ce commerce, sinon les entreprises qui contrôlent le flux de munitions ? Une entreprise rentable ne saurait en aucune circonstance fermée ses portes.
Haïti, laboratoire ou victime ?

Haïti est devenu un terrain d’expérimentation géopolitique. Mission internationale en préparation. Pressions diplomatiques. Sanctions ciblées. Récompenses publiques. Le pays ressemble à une pièce dont le script s’écrit ailleurs. Mais l’erreur serait de croire que tout vient de l’extérieur.
Les gangs prospèrent aussi grâce aux alliances internes : politiciens en quête de pouvoir, hommes d’affaires protégeant leurs intérêts, segments de l’élite utilisant l’insécurité comme instrument de négociation.
La question que personne ne pose
Si les grandes puissances veulent une vie meilleure en Haïti, pourquoi n’investissent-elles pas socialement dans le pays ? Au lieu de cela, elles forcent leurs marionnettes à diriger contre les intérêts fondamentaux de la population. Comme par exemple, en plaçant à la tête de l’État un Premier ministre illégitime, Alix Didier, qui, à l’instar d’Ariel Henri, ne mènera le pays nulle part, mais seulement à l’abîme.
Le désordre les sert parfois plus que l’ordre. Parce qu’un pays fragmenté est plus malléable qu’un État souverain et stable. Parce que la crise permanente justifie l’intervention permanente.
Au-delà d’Izo
Izo n’est qu’un symptôme. Viv Ansanm est une conséquence. Le million de dollars est un symbole. Le véritable enjeu, c’est le pouvoir. Le contrôle du territoire. La redéfinition de l’équilibre politique haïtien sous influence internationale. Le théâtre américain n’est pas une fiction. C’est une stratégie.
Et pendant que les acteurs principaux négocient en coulisses, le peuple haïtien continue de payer le prix du spectacle.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
Port-au-Prince, le 18 février 2026












