
Le lundi 17 novembre, la population de Miragoâne a défilé dans les rues lors d’une immense manifestation populaire. Non seulement pour dénoncer un rapport du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) accusant le commissaire du gouvernement de cette ville, M. Jean Ernest Muscadin, d’exécutions extrajudiciaires et sommaires, mais aussi pour exprimer sa solidarité et son soutien au commissaire qui, selon la clameur publique, serait candidat à la présidence du pays.

Ceci montre déjà que nous n’avons tiré aucune leçon de la dégradation de la situation politique du pays. Ce n’est pas un leader conséquent qui nous manque, mais une organisation sérieuse et conséquente pouvant encadrer ce leader.

Ce n’est pas sans aucune raison que la classe dirigeante et les impérialistes s’empressent toujours de mettre la question des élections au premier plan, pour nous faire croire que cela pourrait changer quelque chose dans le pays. Il y a des siècles que nous organisons des élections qu’est-ce qui a changés pour nous autres? Jusqu’à présent, nous n’avons pas compris que les élections sont un projet de la classe dirigeante. Notre projet est de nous organiser pour prendre le pouvoir, mais se précipiter pour le prendre sans organisation, c’est se laver les mains et l‘essuyer au sol.
Nous comprenons que beaucoup de gens soient en colère contre le rapport Binuh condamnant Muscaden. « Nous sommes dans la rue aujourd’hui pour montrer notre soutien au commissaire Muscaden et envoyer un message à Binuh et à la communauté internationale pour leur dire d’arrêter de s’ingérer dans les affaires d’Haïti » a fait savoir un manifestant. Cependant, nous devons nous rappeler que Muscaden et cet État pourri sont comme des poissons morts dans un bouillon. Il n’y a aucun problème pour que Muscaden devienne président comme Aristide, grâce au mouvement populaire Lavalas qui lui avait permis de gagner le soutien de la grande majorité du peuple. Cela n’a pas empêché l’ennemi de prendre le pouvoir quelques mois plus tard pour remettre le pays sur la voie de la continuité de l’État opprimant le peuple. Aujourd’hui, nous ne voyons plus dans quelle boue patauge Lavalas avec les autres partis pour démanteler le pays au profit du système capitaliste impérialiste.

Tout comme Fanmi Lavalas a oublié que « le capitalisme est un péché mortel », Muscaden, pourrait devenir pire, d’autant qu’il fait déjà preuve d’une énorme faiblesse idéologique.
Un autre manifestant a pour sa part déclaré : « Aujourd’hui, on ne parle plus de commissaire, mais de président Muscadin. Tout le monde réclame sa présidence. Nous ne voulons pas de lâches. Il nous faut quelqu’un qui écoute les cris du peuple. Quelqu’un comme Jean Ernest Muscadin, qui ne dort pas la nuit pour assurer notre sécurité. » C’est bien dit, mais insuffisant. Une seule personne ne peut garantir la sécurité d’une nation. Elle peut le faire localement, mais pas à l’échelle nationale. Il est temps de comprendre que nous devons tous nous unir pour défendre une cause ; une seule personne ne peut y parvenir. Et si cette personne venait à disparaître, pour quelque raison que ce soit, tout s’effondrerait. Inspirons-nous d’un pays comme le Venezuela : Chavez est tombé, mais Maduro, membre de l’équipe qui a pris le pouvoir, est comme si Chavez avait toujours été là. Nous devons abandonner la politique individualiste et privilégier le collectif.

Il ne s’agit pas simplement de placer quelqu’un de confiance à la présidence et d’espérer que tout va changer automatiquement. Nul ne peut rien accomplir seul. Le pouvoir doit revenir au peuple et à son organisation révolutionnaire véritablement cohérente pour contrer les forces des ténèbres. Tout le pouvoir au peuple, et non à un seul individu !
Il s’agit d’un programme collectif, émanant d’une organisation qui ne partage ni l’idéologie de la classe politique corrompue qui la gouverne, ni le projet de domination des puissances de l’impérialisme occidental que l’on impose au pays.












