
Le samedi 20 décembre dernier, un cortège de voitures de luxe, lourdement armées, est arrivé dans le quartier populaire de Solino. C’est le gouvernement de transition qui a décidé de retourner dans ce quartier défavorisé, alors qu’il l’avait abandonné, laissant la population livrée à elle-même.
Le gouvernement est entré triomphalement à Solino, comme s’il venait de remporter une victoire. À la tête de la délégation se trouvaient les conseillers-présidents Leslie Voltaire et Edgar Leblanc Fils, ainsi que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le chef de la police Vladimir Paraison, et une multitude de policiers venant de tous les commissariats de la capitale.
Des gens se tenaient au bord de la rue, observant la scène. On aurait dit une armée revenant victorieuse d’une bataille. Malheureusement, nous n’avons pas vu le conseiller Fritz Jean, le grand guerrier, qui avait proposé un budget de guerre pour que le Conseil présidentiel de Transition puisse remporter cette guerre face aux groupes armés des ghettos.

Ce qui est étrange dans cette journée, c’est que tous les responsables qui ont participé à cette délégation honteuse ont clairement montré qu’ils n’ont aucune humanité ni aucun sens des réalités. Au moins, à leur arrivée à Solino, ils auraient dû faire jouer l’orchestre du Palais national pour célébrer leurs prétendus exploits. Si ces laquais de dirigeants avaient vraiment le contrôle de la situation, s’ils avaient effectivement établi la paix dans certains quartiers, ils s’en seraient enorgueillis jusqu’à même s’autoriser à conserver le pouvoir indéfiniment…

Comme ils n’ont aucune mémoire, ils oublient leurs propres propos. Ils ne se souviennent même plus d’avoir enjoint la population à ne pas revenir tant que l’État ne leur en donnerait pas l’ordre. Alors, quand- est-ce que le communiqué du retour a-t-il paru ? Qui l’a signé ? L’État avait-t-il ordonné une date de retour ? Ce qui pourrait expliquer aujourd’hui sa venue intempestive tout en fanfare ? Ah ! ces fanfarons…

C’est l’État lui-même qui avait dit aux habitants de ne pas revenir et d’attendre les ordres, et c’est lui qui est revenu sans aucune explication, sans même un mot pour Solino. En ce sens, l’État se ridiculise en même temps qu’il se moque des personnes déplacées à cause de l’insécurité. En effet, c’est dans le cadre d’un programme intitulé « Retour au quartier » que les potentats du régime sans scrupules ont débarqué à Solino.
Pourtant, depuis le mois d’aout jusqu’à Octobre les groupes armés avaient annoncé leur départ de la zone. C’est en cette fin du mois de Décembre que l’État et la police ont fait sans vergogne leur entrée armés jusqu’aux dents dans le quartier, chose qu’ils n’avaient pas pu faire auparavant.

Qui doivent-ils remercier, les forces de police, les forces Armées sinon les policiers de la Mission kenyane ou la FRG ? C’est parce qu’ils ont un certain brin de honte, qu’ils ne disent pas que c’est la police qui a libéré Solino. Tout le mérite revient à la police !
Ils n’ont même pas eu la courtoisie de remercier les forces, les vraies forces, celles qui ont permis le retour des habitants et qui leur ont permis également de venir organiser ce défilé. Comment l’État peut-il gagner le respect de la société, lorsqu’il n’a pas le courage de dire la vérité ? À voir les visages des conseillers et du chef de la police, on pourrait même croire qu’il s’agissait d’une immense victoire pour eux, comme si c’étaient eux qui avaient libéré Solino et certains quartiers environnants. C’est tout le contraire. Les habitants vivaient déjà chez eux bien avant que l’État ne se manifeste pour faire ce simulacre de retour ?
Sans aucune honte, les collaborateurs du Premier ministre ont annoncé dans un communiqué le lendemain de la mascarade : « Cet acte politique marque fortement le retour concret de l’État dans un quartier qui a beaucoup souffert et envoie un message clair : aucun territoire de la République ne sera abandonné. Le gouvernement réaffirme ainsi son autorité, sa proximité avec la population et sa détermination à rétablir l’ordre, la dignité et l’espoir. »

« Conformément aux engagements pris, l’État est désormais pleinement mobilisé dans le quartier. Les travaux de nettoyage des rues et de déblaiement des ravines sont actuellement en cours, ce qui se traduit par une action concrète en faveur de l’amélioration du cadre de vie, du renforcement de la sécurité environnementale et du bien-être des habitants », a pour sa part informé le Premier ministre de facto.
Le premier ministre poursuit dans son communiqué « Cette intervention s’inscrit dans une dynamique de solidarité et de collaboration entre les pouvoirs publics et la communauté locale, unis autour d’un même objectif : transformer durablement le visage de Solino. Elle porte un message fort d’espoir, de confiance retrouvée et de stabilité, essentiels à la reprise et à la revitalisation du quartier » Et pour conclure : « Le gouvernement réaffirme sa détermination à accompagner Solino sur le long terme. L’État est présent, à l’écoute et résolument engagé aux côtés de la population pour construire un avenir plus sûr, plus stable et plus digne ». Quel fieffé menteur ce Premier ministre et sa clique à la Primature !
Le problème de l’insécurité ne se limite pas à Solino. Ce qui préoccupe réellement la population, votre partenaire dans le pillage du pays, le conseiller Leslie Voltaire, devrait vous raconter ce que les habitants des Cayes lui avaient dit avec rage la semaine écoulée : il faut rouvrir la route du Sud, le passage de Martissant doit être dégagé pour que les misérables paysans puissent venir vendre leurs marchandises dans la capitale. C’est tout ce que les riverains demandent, arrêtez vos discours démagogiques à propos de Solino.













