En vérité, Haïti, pays qui s’est affranchi du système esclavagiste par sa propre force, n’a jamais suivi la même voie que les anciens pays colonisateurs, devenus puissances capitalistes et impérialistes. De l’époque coloniale à la guerre d’indépendance, ses dirigeants ont toujours fait preuve de constance dans leur combat et dans la philosophie politique qu’ils ont défendue.
Face aux puissances réactionnaires du monde, le fondateur de la nation n’a-t-il pas souligné la dimension internationaliste de la révolution lorsqu’il a déclaré dans sa proclamation d’indépendance : « Malheureux Martiniquais ! Pourquoi ne puis-je pas venir à votre secours et briser vos chaînes ? » Historiquement, Haïti a toujours été un pays porteur de la flamme de la libération, ce qui lui a valu le surnom de « Mère de la Liberté ».
Ce n’est pas un hasard si, en 1806, Francisco de Miranda, pionnier de la libération de l’Amérique du Sud, de l’Empire espagnol, a séjourné en Haïti pour solliciter un soutien en faveur de la libération du Venezuela de la Grande Colombie. Dans sa vision de la décolonisation, Jean-Jacques Dessalines soutint l’expédition, lui fournissant munitions et même navires.
Il avait d’ailleurs prédit l’échec de Miranda, lui confiant : « On ne combat pas la domination coloniale européenne en Amérique en rencontrant autour d’une table les grands propriétaires terriens. » Lorsque son compatriote Simón Bolívar lui succéda à la tête du mouvement, il sollicita lui aussi l’aide de la puissance politique influente d’alors. Marchant sur les traces de Dessalines, Alexandre Pétion n’hésita pas à soutenir le projet, lui fournissant munitions et combattants haïtiens pour renverser le régime colonial de l’Empire espagnol.
Ce ne sont là que quelques exemples parmi tant d’autres. Au Congrès de Panama de 1826, pour célébrer sa victoire, Simón Bolívar invita Haïti. Cette réunion serait sans aucun doute l’occasion de faire l’éloge de la Révolution haïtienne, qui représentait une force incontestable à l’époque.
ç’aurait été une honte pour notre pays d’être complice de l’organisation de la terreur fasciste prônée par Trump pour perturber d’autres pays de la région.
Les États-Unis s’y opposèrent catégoriquement, menaçant de boycotter le congrès si Haïti était invitée. Pour éviter toute conséquence négative, les organisateurs ont exclu Haïti afin de satisfaire les désirs des États-Unis, préfigurant ainsi la politique de domination hégémonique américaine sur le continent.
Dès lors, les Haïtiens devraient comprendre : un monstre sévit dans la région, incapable de tolérer que le virus révolutionnaire qu’était Haïti continue de vivre en Amérique. En effet, les États-Unis n’ont jamais approuvé la bataille de Vertières ni l’exploit révolutionnaire de 1804, qui mit fin à l’entreprise barbare, malsaine et mesquine de la traite et de l’esclavage. Et pour cette raison historique, Haïti devint, à leurs yeux, un pays à isoler, un pays à massacrer, un pays à punir sans relâche !
Cependant Haïti n’a jamais partagé la même philosophie politique que les pays agresseurs, en particulier ceux qui pratiquaient l’esclavage. L’idéal de la révolution haïtienne reposait sur une politique au contenu progressiste, au bénéfice de tous les opprimés, notamment des Afro-Américains qui gémissaient encore sous le joug horrible de l’esclavage. « Tous les Afro-Américains qui posaient le pied sur le sol haïtien deviendraient libres », déclara Dessalines.
Il fallut 61 ans après notre libération pour que les États-Unis se résignent enfin à abolir chez lui l’abominable système d’esclavage des Africains noirs, par la ratification du 13e amendement de la Constitution, le 18 décembre 1865, tout en maintenant une ségrégation raciale de type apartheid à leur encontre, afin de montrer qu’ils n’avaient jamais considéré ces personnes d’ascendance africaine comme des êtres humains. C’est cette lutte extraordinaire qui a fait émerger des figures telles que Martin Luther King Jr., Rosa Parks, Malcolm X et Jesse L. Jackson, récemment disparu.
Le président colombien Gustavo Petro, malgré ses contradictions parfois flagrantes concernant l’impérialisme américain, a eu le courage de prendre la parole aux funérailles du révérend Jackson et d’aborder la question de la lutte des Noirs, tout en plaçant la République d’Haïti, pionnière en la matière, sur un piédestal sans précédent.
Malheureusement, ce même jour, le samedi 7 mars 2026, l’envahisseur, le pirate du pétrole, le président des États-Unis d’Amérique, Donald Trump, organisait un sommet grotesque à Doral, en Floride, avec douze marionnettes autour de la coalition « Bouclier des Amériques », auquel Haïti n’a pas été invitée. Pour la plupart des haïtiens imprégnés d’une mentalité colonisée, c’est une honte pour Haïti. On n’y trouve que cette allusion : « Haïti a été laissée à la porte: progressivement marginalisée dans les nouvelles architectures de sécurité du continent et privée de stratégie diplomatique », écrivait la journaliste Nancy Roc.
Pour nous, l’inverse est envisageable. L’évolution de la situation internationale semble unique, faite d’événements sensationnels, brutaux et féroces qui profitent aux États-Unis. Haïti est victime de cette organisation qui la tient en otage, car le pays n’a pas le droit de diriger librement son propre destin. Son absence de cette aventure devrait être considérée comme une victoire plutôt qu’une défaite. Au contraire, toute présence serait une grave insulte, un affront à la nation haïtienne.
Le Premier ministre de facto, Alix-Didier Fils-Aimé, marionnette de l’Occident, aurait sans doute souhaité participer à ce défilé de zélés instruments nuisibles, inconditionnellement soumis à l’impérialisme nord-américain, afin de s’en afficher. En effet, ç’aurait été une honte pour notre pays d’être complice de l’organisation de la terreur fasciste prônée par Trump pour perturber, voire déstabiliser, d’autres pays de la région sous de faux prétextes, notamment ceux qui refusent d’obéir à ses diktats.
Ce qui est en jeu, c’est une tentative tacite d’anéantir l’espoir de tous les peuples, de briser la volonté de toute opposition progressiste et de renverser tous les gouvernements qui incarnent les idéaux de justice, d’indépendance nationale et d’instauration d’une société affranchie de toute forme d’exploitation.
Il est, bien sûr, compréhensible que la République dominicaine apparaisse aujourd’hui comme l’un des partenaires clés des États-Unis dans les Caraïbes, tandis que Port-au-Prince est en proie à une crise permanente. Les Haïtiens doivent rester fiers de leur histoire de peuple libérateur, de peuple rebelle, de peuple indomptable, insoumis. Ils sont les seules victimes de l’occupation américaine à ne s’être jamais adaptées culturellement au sport national de l’occupant : le baseball. Nos crises croissantes, qui persistent et continuent de compromettre fortement toute possibilité de changement, font partie de la lutte acharnée menée contre les masses haïtiennes. Nous les surmonterons tôt ou tard !
Ces pratiques ne sont pas nouvelles dans la vie politique américaine. Mais c’est la première fois, qu’elles sont utilisées sur une si vaste échelle. Elles prouvent que nos actions de 1804 n’ont pas été vaines. De même, la révolution cubaine de 1959 et la révolution bolivarienne du Venezuela de 1999 prennent tout leur sens et leur rôle face au plus grand ennemi de l’humanité. Ces pays sont affligés par l’impérialisme, et c’est pourquoi ils traversent l’une des plus grandes crises de leur histoire. Haïti est et restera, un exemple frappant.
Aucune solution n’est possible dans ce pays, avec un gouvernement fantoche qui se maintient au pouvoir grâce à une puissance impériale toute-puissante. Ce système impérialiste est irréformable ; à l’instar de l’esclavage, il doit être détruit ! Le peuple haïtien triomphera !
