
Onze ans après le lynchage de Tulile, le crime reste impuni et les lynchages racistes persistent en République dominicaine.
Le 11 février 2026 dernier marquait le onzième anniversaire du crime haineux raciste perpétré contre le jeune Haïtien Jean Claude Harry, plus connu sous le nom de Tulile. Ce meurtre a profondément choqué la société dominicaine et n’a toujours pas fait l’objet d’une enquête ni d’une sanction de la part de l’État dominicain. Nous déplorons que les activités des organisations d’extrême droite, qui appellent publiquement à des crimes similaires contre les Haïtiens, se poursuivent en toute impunité. On a pu le constater lors de la marche organisée par l’organisation néonazie Antigua Orden Dominicana, qui s’est tenue le 15 février dans le quartier de Los Mina, à Saint-Domingue Est. Les Haïtiens ont alors reçu un ultimatum : quitter la zone sous dix jours, sous peine d’être traqués par les paramilitaires.
Le corps de Tulile a été retrouvé le 11 février 2015, pendu à un arbre dans le parc public Ercilia Pepín, à Santiago. Ce crime s’inscrit dans le contexte d’une campagne nationale de propagande raciste et de violence menée par des groupes d’extrême droite. Ces derniers soutenaient la dénationalisation de milliers de Dominicains d’origine haïtienne par le biais de la décision anticonstitutionnelle 168-13 et exigeaient des expulsions massives une fois le Plan national de régularisation des étrangers achevé, alors en cours.

Cette politique, réclamée par des groupes se réclamant de l’ultranationalisme et utilisant une rhétorique raciste haineuse, a malheureusement été mise en œuvre sous la présidence de Luis Abinader, qui a procédé à plus d’un million d’expulsions en cinq ans de mandat. Les violences racistes et les lynchages bénéficient désormais du soutien de l’État grâce à l’intervention de groupes paramilitaires et terroristes comme l’Ancien Ordre Dominicain (AOD). Ce dernier, avec l’appui du gouvernement, a organisé des marches réclamant un nettoyage ethnique, notamment dans le secteur de Friusa, dans la municipalité de Bávaro-Punta Cana. Le gouvernement a par la suite rasé le quartier de Mata Mosquito, cédant ainsi aux exigences de l’extrême droite.
Actuellement, l’AOD exige l’expulsion de tous les Haïtiens du secteur de Los Mina sous dix jours. Interrogé à ce sujet par la presse, le ministre de l’Intérieur et de la Police, Faride Raful, a déclaré que seul le gouvernement était habilité à lancer un tel ultimatum. En réalité, les autorités n’ont même pas le pouvoir d’émettre un ultimatum visant à mener un nettoyage ethnique au sein d’une communauté. Le gouvernement est conscient de ces activités paramilitaires et, au lieu d’enquêter et de les sanctionner, il leur apporte un soutien politique et logistique, notamment des escortes militaires et policières, ainsi qu’une impunité totale, comme l’a démontré la marche du 15 février à Los Mina. De plus, depuis le vendredi 13 février, le gouvernement a procédé à environ 500 arrestations arbitraires de migrants dans la région de Los Mina, répondant ainsi aux exigences de l’extrême droite.
Nous avons documenté les lynchages racistes récurrents de ressortissants haïtiens dans différentes provinces du pays dans notre récent rapport intitulé « Déportations massives et état d’urgence en République dominicaine », couvrant la période de 2021 à mi-2025. Cette étude documente également la collaboration entre des groupes paramilitaires tels que l’AOD et le gouvernement dans la persécution des immigrants illégaux.
Nous rejetons l’appel de l’AOD (Organisation dominicaine d’Amérique) qui incite à de nouveaux lynchages racistes dans le pays, car il menace de lancer une chasse aux sorcières contre les résidents haïtiens de la région. Nous exigeons que le parquet poursuive les dirigeants de cette organisation paramilitaire et terroriste pour leurs actes criminels répétés.
Nous appelons le gouvernement dominicain à cesser de diffuser des discours de haine qui présentent la communauté immigrée haïtienne comme un fardeau économique et une menace pour la souveraineté et la sécurité nationales. Nous continuons d’exiger justice pour Tulile et que ses meurtriers soient traduits en justice, afin de mettre fin à l’impunité pour les crimes de haine à caractère raciste en République dominicaine.
Nous exigeons que le ministère de l’Intérieur et de la Police, le Médiateur et le Bureau du Procureur général respectent les garanties d’une procédure régulière et les droits légaux et constitutionnels des immigrants haïtiens et des Dominicains d’origine haïtienne, mettent fin aux politiques de discrimination raciale et d’expulsions massives, et cessent tout soutien officiel aux groupes paramilitaires d’extrême droite qui encouragent ouvertement les lynchages racistes en République dominicaine.
Mouvement des travailleurs socialistes de la République dominicaine
16 février 2026