Un véritable théâtre politique se déroule dans le pays sur fond de morts qui s’accumulent, de manœuvres électorales et de menace pour la stabilité. Lorsque le Premier ministre Alix-Didier Fils-Aimé a été imposé par les puissances tutrices à la tête de l’État le 7 février 2026, il s’est agi d’un coup d’Etat. Cet acte bafoue l’honneur de la Nation, le droit et la dignité du peuple haïtien. La responsabilité du pays a été confiée à des individus mal préparés, incompétents, irresponsables et, pour couronner le tout, corrompus. Ce plan s’avère être une extension dangereuse de la mainmise impérialiste sur la dynamique politique du pays et alimente une résurgence des tensions politiques qui ne s’apaiseront pas facilement.
Près de cinq ans se sont écoulés depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse. Lorsqu’un tel événement se produit, il est impératif d’enquêter sur les bénéficiaires de cette affaire abjecte et sanglante. Avons-nous le moindre doute que la crise actuelle découle précisément de cet acte macabre, ignoble et barbare ? Nous n’en avons aucun. Pendant ce temps, Washington, avec la complicité de ses alliés et de ses intermédiaires locaux, joue un double jeu, soutenant tantôt le gouvernement de transition par la fourniture de matériels militaires, tantôt l’opposition par une aide logistique et politique. Tout cela alimente la domination coloniale du pays. L’objectif est d’encourager tout ce qui pourrait affaiblir le gouvernement ou les forces d’opposition, et ce sans relâche.
Qui tire les ficelles, brouille les pistes et se livre à des manœuvres déstabilisatrices et à des complots de toutes sortes ? Washington dit s’efforcer de favoriser une solution pacifique, mais ne cache pas sa satisfaction de voir cette crise s’éterniser. Tout ce qui peut créer des troubles, dresser des obstacles et multiplier les provocations politiques, par la désinformation et le mensonge, est monnaie courante. Des luttes et des guerres interminables et ruineuses visent à attiser la haine au sein des masses défavorisées. Toute solution s’avère impossible, et ce double jeu a plongé le pays dans un bourbier où politiciens mesquins et puissants de tous bords s’embourbent sous l’œil vigilant et malveillant du Chargé d’affaires américain, à Port-au-Prince Henry T. Wooster, afin de perpétuer le grand complot ourdi contre notre Nation. Il s’agit du chantage diplomatique le plus flagrant que le pays ait jamais connu.
C’est dans ce contexte de renforcement des régimes de trahison et d’affaiblissement des mouvements de libération nationale que s’activent les nostalgiques du colonialisme, incapables de se détourner de la voie tracée par les colonisateurs d’hier, hommes et femmes d’action, tous, des sbires de l’impérialisme. Au lieu de mettre en œuvre un plan radical qui consacrerait la souveraineté du pays afin de réduire la dangereuse dépendance économique et politique, d’apporter des réponses satisfaisantes aux besoins sociaux des masses opprimées et d’offrir aux générations futures l’espoir d’une société prospère – fondement d’une vie meilleure pour tous -, ces protagonistes, « collabos » préfèrent s’engager dans une sorte de pacte colonial baptisé « Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections ». Par cette collaboration, ils creusent ainsi le fossé entre les riches affairistes antinationaux et la majorité de la population pauvre. Ces États occidentaux sont incapables, politiquement parlant, de nous guider vers un avenir électoral sérieux, si ce n’est pour nous conduire sur le chemin qu’ils ont dessiné pour nous.
Voyez ce qu’ils ont fait des dernières élections au Venezuela : ils les ont instrumentalisées pour déstabiliser le pays à leur propre intérêt pétrolier à l’encontre du peuple vénézuélien. Le spectacle auquel nous avons assisté à l’hôtel Ritz Kinam 2 le samedi 21 février 2026 est à la fois consternant et honteux : des partis et organisations politiques de tous bords se sont rassemblés en rang serré pas pour discuter avec les agents d’un régime prétendument transitoire, ennemi déclaré du peuple, mais pour s’entendre et exécuter les désirs de leurs patrons communs. Parmi ces opportunistes qui ont participé à cette mascarade, ce chaos prémédité figurent en première loge les partis Fanmi Lavalas, PHTK, Congrès patriotique, Résistance Démocratique (RED), Voix des Indépendants Patriotes (VIP), Engagés pour le Développement (EDE), Alliance pour une Société sans Exclusion (ASE), Espace de Réflexion 21 Décembre, et tant d’autres.
Tous ont fait étalage de leur cynisme sans bornes dans l’espoir de décrocher un strapontin dans le futur cabinet ministériel et surtout de maintenir les richesses minières du pays sous le contrôle des puissances impérialistes le plus longtemps possible, afin de pouvoir en extraire quelques miettes et empêcher la véritable libération du peuple haïtien du joug des oppresseurs occidentaux. Honte à eux ! Tout cela est source d’anxiété et d’incertitude, assurément, et notre cauchemar est loin d’être terminé avec ces marionnettes de la classe politique traditionnelle à la tête de l’État haïtien. Notre seul recours est d’attaquer le mal par ses racines afin de mettre un terme à cet héritage de l’ère coloniale qui poursuit son cours et illustre la dégradation constante de notre société, tout en nous enfonçant toujours plus profondément dans une détresse indicible.
Fidèle à sa riche histoire de luttes, le peuple haïtien ne doit pas se soumettre aux usurpateurs du pouvoir jouant leur dernière carte politique tout en venant tant sur le fond que sur la forme légitimer une nouvelle illustration du néocolonialisme. Unis dans leurs pires instincts, le tandem pouvoir exécutif et ces partis politiques fantoches ont conspiré, faisant objectivement le jeu des forces réactionnaires. Tout ce qu’entreprennent les États-Unis en Haïti, ne sont que des pirouettes stratégiques susceptibles de perpétuer leur domination impérialiste. Dans un pays où règnent la faim, l’injustice et la corruption, seul un changement émanant des classes laborieuses peut remédier à ces problèmes. Non, les solutions ne viendront pas de l’impérialisme, ni de ce gouvernement illégal. Organisons-nous par nous-mêmes et pour nous-mêmes!
