Les mêmes mots, la même tonalité et les mêmes discours se répètent depuis 2020, promettant que « la sécurité sera rétablie » et que « les gangs seront mis hors d’état de nuire ».
Entre 2020 et 2026, la Police nationale d’Haïti a réceptionné, à cadence régulière, plusieurs lots de véhicules blindés fournis par des partenaires internationaux, notamment les États-Unis, le Canada — dans le cadre de la coordination diplomatique du Core Group — et la Corée du Sud. Présentées comme des réponses techniques à l’expansion de la violence armée, ces livraisons étaient censées rééquilibrer le rapport de force face à des groupes criminels responsables de milliers de morts. Sur le terrain, l’impact reste difficilement perceptible, l’insécurité continuant de structurer la vie quotidienne et l’espace territorial.
Presque cinq ans après le magnicide du 7 juillet 2021, l’appareil étatique fonctionne sous tension permanente. L’autorité publique s’exerce par fragments, tandis que des portions entières du territoire échappent encore au contrôle institutionnel. La fermeture du principal aéroport international du pays, conséquence directe de la pression des groupes armés, symbolise cette perte de maîtrise stratégique ; sa réouverture demeure suspendue à des paramètres sécuritaires encore instables.
Les rapports successifs de Transparency International viennent consolider ce tableau. Avec un score de 16 sur 100 en 2024, reconduit à 16 sur 100 en 2025, Haïti se maintient dans le groupe des États les plus affectés par la perception de corruption systémique. Ce classement s’inscrit dans un contexte marqué par la mise en retrait de l’ordre constitutionnel, la prééminence d’arrangements politiques extra-institutionnels et la reconduction controversée d’un chef de gouvernement révoqué puis réinstallé.
Au final, l’accumulation d’équipements sécuritaires s’insère dans un environnement où la crise de gouvernance persiste, la corruption structurelle et l’impunité institutionnelle continuant d’alimenter l’érosion de l’autorité publique et la progression des économies criminelles.
22 février 2020
Sous l’administration de Jovenel Moïse, la PNH a reçu dix véhicules blindés destinés à renforcer ses capacités opérationnelles. Cependant, leur efficacité a été remise en question, notamment en raison de leur abandon dans des zones contrôlées par des gangs, comme le quartier du Village de Dieu .
11 mai 2024
La PNH a réceptionné un lot de matériels, incluant des blindés, offerts par le gouvernement américain. Cette livraison visait à renforcer les capacités opérationnelles de la police dans un contexte de reprise progressive des vols commerciaux à l’aéroport de Port-au-Prince .
19 mai 2024
Dix véhicules blindés supplémentaires ont été livrés à la PNH, également dans le cadre d’une coopération avec les États-Unis. Cette initiative s’inscrivait dans un effort plus large de soutien à Haïti dans sa lutte contre le banditisme .
28 décembre 2025
La PNH a renforcé ses capacités avec la réception de 25 véhicules blindés de transport de troupes. Cette acquisition, soutenue par le gouvernement des États-Unis via le Bureau des affaires internationales relatives aux stupéfiants et à l’application de la loi (INL), visait à améliorer la mobilité et la protection des unités engagées sur le terrain .
5 février 2026
Trois blindés de combat à chenilles, don de la Corée du Sud, ont été réceptionnés par la PNH. Ces équipements sont destinés à optimiser les opérations dans les zones contrôlées par des gangs. Leur arrivée a suscité des interrogations quant à la formation des policiers pour manœuvrer de tels engins .
