Home Haiti Roody Sanon | Edgard Leblanc Fils : rétractation ou affrontement probant ?

Roody Sanon | Edgard Leblanc Fils : rétractation ou affrontement probant ?

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De gauche à droite le conseiller présidentiel Edgard Leblanc Fils et le journaliste Roody Thomas Sanon

Haïti adore les silences lourds. Elle les cultive, les protège, les sacralise même. Mais parfois, une phrase lâchée au mauvais moment fissure le mur. Une accusation publique, surtout lorsqu’elle vient d’un journaliste qui connaît les arcanes du système, n’est jamais anodine. Elle est soit une erreur fatale, soit le début d’un bras de fer historique.

Cette semaine, Roody Sanon, journaliste, a lancé une bombe à fragmentation contrôlée : selon lui, le conseiller présidentiel Edgard Leblanc Fils aurait reçu 30 millions de gourdes des mains du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Une somme. Un nom. Deux institutions. Et une question centrale : rétractation ou affrontement probant ?

Quand la parole accuse, le pouvoir doit répondre

Dans un pays normal, une telle déclaration déclencherait automatiquement une enquête, des auditions, une mise en retrait provisoire. En Haïti, elle déclenche surtout une autre mécanique : celle de l’usure, du déni et de la diversion.

Car le problème n’est pas seulement l’accusation. Le problème, c’est le silence qui suit. Edgard Leblanc Fils n’est pas un citoyen ordinaire. Il est conseiller présidentiel, dépositaire d’une parcelle de souveraineté dans une transition déjà fragilisée.

Espérons qu’il ne souffre pas de la même maladie de mensonge que son ami Pierre Espérance !

Alix Didier Fils-Aimé n’est pas un quidam non plus. Il est Premier ministre. Lorsque de telles fonctions sont citées dans une transaction financière opaque, l’opinion publique est en droit d’exiger des preuves ou des poursuites. Pas des communiqués creux. Pas des indignations théâtrales.

Roody Sanon : téméraire ou imprudent ?

La question n’est pas de savoir si Roody Sanon est aimé ou détesté. La question est plus grave : un journaliste peut-il, sans éléments solides, exposer ainsi l’État à une crise morale supplémentaire ? S’il détient des preuves, qu’il les mette sur la table. Documents, témoins, dates, circuits financiers. Qu’il tienne. Qu’il assume. Qu’il aille jusqu’au bout.

Mais s’il n’en a pas, alors il doit se rétracter. Vite. Clairement. Publiquement. Car dans le Haïti d’aujourd’hui, la parole publique est déjà trop abîmée pour supporter l’approximation. Un journaliste n’est pas un lanceur de rumeurs. Il est censé être un gardien de la vérité, pas un accélérateur de chaos. Espérons qu’il ne souffre pas de la même maladie de mensonge que son ami Pierre Espérance !

Une classe politique gangrenée… ou presque ?

La question la plus cruelle reste celle-ci : qui n’est pas corrompu dans cette classe politique ? Qui n’a même pas l’odeur de la gangrène ? Cherchez bien. Vous trouverez surtout des degrés, rarement des exceptions.

Des mains propres qui fréquentent des poches sales. Des discours moraux financés par des circuits immoraux. Des hommes qui jurent leur innocence mais refusent toute transparence.

La corruption en Haïti n’est plus un accident : c’est une culture de gouvernance. Elle ne se limite pas au vol d’argent public, elle s’étend au trafic d’influence, au silence acheté, aux alliances troubles avec des acteurs économiques et sécuritaires douteux. Dans ce paysage, être simplement « moins corrompu » est devenu un argument politique.

Rétractation ou épreuve de vérité

L’affaire Sanon–Leblanc Fils n’est pas un fait divers médiatique. C’est un test. Un test pour le journalisme haïtien : osera-t-il aller jusqu’au bout ? Un test pour le pouvoir : acceptera-t-il enfin d’être interrogé sans arrogance ? Un test pour la société : continuera-t-elle à banaliser l’inacceptable ?

Soit Roody Sanon recule et reconnaît une faute grave. Soit il avance, preuves en main, et oblige l’État à regarder sa propre pourriture en face.

Il n’y a pas de troisième voie. Dans un pays déjà à genoux, la vérité ne peut plus être optionnelle.

Reynoldson Mompoint
Avocat, Communicateur Social, Journaliste
Cap-Haïtien, le 21 janvier 2026

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