En Haïti, en cette fin 2025, les priorités budgétaires et sécuritaires semblent avoir inversé les besoins fondamentaux de la population. Alors que les gangs armés contrôlent une grande partie de Port-au-Prince et étendent leur emprise sur d’autres régions, l’État et la communauté internationale investissent massivement dans des outils de répression : chars blindés livrés par la France, les États-Unis et d’autres partenaires, véhicules tout-terrain pour la police nationale, et surtout des drones armés, souvent opérés avec l’aide de contractors privés.
Ces drones, déployés depuis début 2025, visent à neutraliser les chefs de gangs dans les quartiers densément peuplés. Si certains y voient un moyen de reprendre le contrôle, ils ont aussi causé des dommages collatéraux, tuant des civils, dont des enfants, et alimentant un cycle de violence.
La mission multinationale, renforcée par des forces kenyanes et autres, patrouille en blindés, mais la capitale reste un champ de bataille urbain. Pendant ce temps, les investissements dans le social s’effondrent. Plus de 1 600 écoles sont fermées en raison des fusillades, des occupations par les gangs ou les déplacés, privant des centaines de milliers d’enfants d’éducation.

Les cantines scolaires et cuisines communautaires, qui offraient souvent le seul repas chaud quotidien à des familles en insécurité alimentaire aiguë – touchant près de la moitié de la population –, peinent à fonctionner. La malnutrition explose, particulièrement chez les enfants, dans un pays où 1,3 million de personnes sont déplacées.
Cette réalité illustre un choix tragique : militariser pour survivre au jour le jour, au détriment de l’avenir. Les chars et drones symbolisent une guerre sans fin contre les gangs, tandis que écoles et cuisines populaires, piliers de dignité et de développement, sont sacrifiés.
Sans un équilibre entre sécurité et investissements sociaux, Haïti risque de voir une génération entière perdue, affamée et sans instruction, perpétuant le chaos. Alors que rien n’est fait de manière effective contre les gangs à cravate responsables en partie de cette situation.















