Home Haiti D’un processus électoral à l’autre, la saga continue (38)

D’un processus électoral à l’autre, la saga continue (38)

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Des journalistes au cours de la séance de formation du CEP

Du lundi 15 au mercredi 17 décembre 2025, ce sont les médias en ligne, notamment les journalistes de ces organes de presse, qui étaient au centre des préoccupations de l’institution électorale. Durant cette période, ont été organisées par le Conseil Électoral Provisoire (CEP) trois journées de formation à l’intention de ces médias spécifiques dont le centre d’intérêt est la diffusion de l’information sur les réseaux sociaux.

Des dizaines de journalistes et de responsables de ces médias ont participé, depuis le siège du CEP à Pétion-Ville, à cette séquence qui, selon le Président du CEP Jacques Desrosiers, entendait mettre en lumière le rôle très important de ces journalistes qui contribuent grandement à la diffusion de l’information sur les plateformes numériques. Celui-ci, lui-même journaliste de profession, n’a pas hésité à rappeler « qu’aujourd’hui, les professionnels de l’information – agence de presse en ligne, journalistes et autres médias – se trouvent à la croisée des chemins entre vérité et interprétation, entre information et désinformation ».

Parlant en connaissance de cause, Jacques Desrosiers qui est à juste titre le représentant de cette profession au sein de l’organisme électoral, dans une intervention fortement remarquée et empreinte d’une certaine solennité et d’émotion devant ses anciens confrères, devait souligner que : « Nous traversons une époque où l’accès à l’information, facilité par les réseaux sociaux, constitue un levier puissant et sans précédent pour atteindre un large public. Toutefois, cette opportunité s’accompagne aussi de la responsabilité de garantir une information exacte, éthique et conforme aux principes de la déontologie journalistique. Soyez les défenseurs d’une information responsable, rigoureuse et éthique. Ensemble, construisons un avenir où l’information rime avec confiance, responsabilité et respect. Vous avez la responsabilité de veiller à ce que vos reportages reposent sur des faits vérifiés, en évitant les interprétations personnelles et souvent biaisées. C’est pourquoi l’importance du fact-checking, outil indispensable dans la lutte contre la désinformation, ne peut être ignorée ». 

Le président du Conseil électoral provisoire, Jacques Desrosiers, lors de l’ouverture de la formation aux journalistes et aux patrons de presse en ligne

Pendant ces trois jours, la profession a été en première loge et a pu découvrir le cœur du système électoral haïtien avec une équipe qui se dit dévouée corps et âme à la réussite de ce processus. Le Président a d’ailleurs avancé que les journalistes et les médias en ligne devraient jouer un rôle pédagogique sur la population, ce travail qui consiste à décrypter les mécanismes électoraux pour le public, à démystifier les résultats et à favoriser une participation citoyenne plus active. Enfin, Jacques Desrorisers et son équipe devaient expliquer, au cours de la formation aux journalistes et aux patrons de presse en ligne, que le processus électoral se déroule normalement depuis son lancement et il espère qu’il en sera ainsi jusqu’à son aboutissement. A l’en croire, les travailleurs de la presse sont vitaux dans ce contexte en les qualifiant de piliers pour une démocratie seine et fonctionnelle.

Tout en concluant : « Cette formation leur permettra de disposer de suffisamment d’outils pour mieux accomplir leur travail, renforcer le professionnalisme et contribuer à une meilleure compréhension du processus électoral. » Quant aux premiers concernés, ils avaient l’air assez satisfaits, en effet, de ces trois journées de formation réalisées par le Conseil Électoral Provisoire. L’un des journalistes participants, Lamatinière Jean Daniel, prenant la parole au nom de tous ses confrères présents au siège du CEP, a déclaré : « Qu’il s’agit d’une initiative salutaire et nécessaire. Cette formation nous aidera à mieux jouer notre rôle, notamment à l’approche du processus électoral, tout en facilitant un traitement plus responsable de l’information électorale. Nous souhaitons également que cette initiative soit étendue à l’ensemble du territoire national, afin de permettre à un plus grand nombre de journalistes d’en bénéficier.  Cette formation doit être organisée un peu partout dans le pays afin que tous les journalistes puissent mieux comprendre leurs rôles, surtout dans le cadre du processus électoral. »

Le mercredi 17 décembre 2025, alors que le CEP clôturait sa séquence de formation pour les journalistes des médias en ligne à Pétion-Ville, au Ministère à la Condition féminine et aux Droits des Femmes, Patrica Saint Jean présentait à la presse les conclusions et les retombées des États généraux sur la participation en politique des femmes et les violences électorales qui se sont tenues dans la ville des Cayes auxquelles nous avons fait écho précédemment. Sans détour, la ministre devait saluer la grande participation des femmes des dix départements et divers secteurs qui ont contribué à la réussite de cette grande première. Elle a également appelé les médias en général et les journalistes en particulier à soutenir l’accès des femmes aux postes de responsabilité et de décision au plus haut sommet de l’État.

Enfin, la locataire du Ministère à la Condition féminine a annoncé l’adoption : « d’un plan d’action national et d’une déclaration d’engagement collectif » lors de ces États généraux des Cayes. Le jeudi 18 décembre 2025, la Fédération Nationale des Conseils d’Administration de la Section Communale (CASEC) tenait son premier Forum à Port-au-Prince. Cet organe délibérant de la plus petite division administrative et financière haïtienne avait invité le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à intervenir durant cette rencontre pour préciser le rôle du gouvernement dans le processus électoral en cours. De fait, l’hôte du jour avait appelé à la mobilisation nationale contre l’insécurité qui menace tout le processus malgré la volonté affichée des autorités électorales. Le chef du gouvernement devait également dire que l’année 2026 sera celle des élections à condition ultime que le climat d’insécurité qui règne dans le pays s’estompe. Enfin, Alix Didier Fils-Aimé mettait en avant le rôle clé des Collectivités territoriales dans la gouvernance du pays.

Sans oublier de faire une promesse qui, à n’en pas douter, restera sans suite s’agissant de la création dans chaque Section communale d’un Conseil de sécurité. Pour finir, parlant sous le contrôle de son ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, Paul-Antoine Bien-Aimé, le Premier ministre annonçait que chaque CASEC devrait se doter d’un téléviseur et d’un système de panneaux solaires à l’occasion de la Coupe du monde de football qui se déroulera en Amérique du Nord – Etats-Unis, Mexique et Canada – une déclaration qui laissait sceptiques beaucoup de participants dans la mesure où cela faisait 23 mois qu’ils n’avaient reçu aucun salaire. Deux semaines avant la fête de Noël, le Conseil Électoral Provisoire avait officiellement publié le calendrier électoral tout en mentionnant quelques préalables pour que ce calendrier soit respecté. « L’exécution du calendrier ci-joint est conditionnée par la réalisation des deux accomplissements suivants : 1- « Climat sécuritaire acceptable. 

Pour organiser les élections sur tout le territoire, le Conseil électoral provisoire doit pouvoir accéder à toutes les communes et sections communales du pays et y opérer pendant toute la durée du processus. Plus précisément, se déplacer en toute sécurité et travailler jour et nuit partout dans les bureaux électoraux départementaux (BED), les bureaux électoraux Communaux (BEC) et les centres de vote. Un total de 23 communes dont 12 dans le département de l’Ouest, 8 dans l’Artibonite, 3 dans le Centre et 1 dans le département du Nord-Ouest sont aujourd’hui sous le contrôle des bandits armés. Dans certains cas (Croix-des-Bouquets, Gressier, Petite Rivière de l’Artibonite par exemple), l’État (Direction Générale des Impôts, Police Nationale d’Haïti etc.) est totalement absent. 

Le CEP ne peut donc pas installer et faire fonctionner un BEC dans des environnements aussi hostiles ni y mettre en place des postes d’inscription. Cité Soleil et Carrefour, deux communes de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, sont aussi sous le contrôle total des groupes criminels. Le CEP rappelle que les départements de l’Ouest et de l’Artibonite représentent 54% de l’électorat national. Encore faut-il constater que la situation sécuritaire actuelle a des incidences majeures sur la logistique électorale. 

Un climat sécuritaire acceptable sous-entend, entre autres, la sécurité pour les Conseillers électoraux et pour tout le personnel impliqué dans le processus, pour les différentes structures et infrastructure du CEP à travers le pays, pour les candidats et les candidates, pour les électeurs ; la sécurisation du transport des matériels sensibles et non-sensibles avant et après le jour du vote. » 2. « Le budget est un pilier important du processus électoral. Organiser des élections en Haïti implique de gérer simultanément de multiples urgences qui requièrent des actions rapides dans toutes les régions du pays. L’accès à des moyens financiers au quotidien augmente l’efficacité du CEP dans la conduite du processus électoral. Le respect des délais convenus dans le calendrier nécessite la connaissance et l’allègement des procédures de décaissement. 

L’institution électorale doit disposer de ses propres moyens financiers pour gérer certaines activités et les imprévus susceptibles de se présenter lors de l’exécution du calendrier électoral. » A la veille des fêtes de fin d’année, le quotidien Le Nouvelliste révèle que la version du décret électoral publiée dans le journal officiel Le Moniteur a été légèrement modifiée par la présidence de la République. Selon le journal plusieurs articles entre autres, 52, 53, 74, 84, 98 ont fait l’objet de modification. Finalement, on apprend que ce sont les Conseiller/Présidentiels qui ont rajouté la mention « Sanction du Conseil de sécurité de l’ONU » ce que d’ailleurs, le CPT assume pleinement. « C’est le CPT qui a introduit les sanctionnés onusiens dans le texte … aussi bien que pour les Centres de tabulations régionaux. Le CPT n’entend pas revenir sur cette décision jusqu’au moment où nous écrivons. »

Une source de Le Nouvelliste du CEP a bien confirmé que les autorités ont imposé cette mention et que l’institution électorale l’avait refusée pour cause d’illégalité. Finalement, les membres du CPT passaient outre et ont inscrit cette mention dans le dos du CEP et l’ont fait publier sans son consentement. « Dans le document que nous avons envoyé au CPT, nous n’avions pas mentionné de sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies.  Nous avons toujours dit que le CEP n’entendait pas prendre cette direction pour des questions légales notamment en ce qui concerne les sanctions de l’ONU. Le CPT a introduit dans le projet de décret électoral l’aménagement de 10 Centres de tabulation à travers le pays, alors que le texte initial prévoyait qu’un seul Centre de tabulation dans le département de l’Ouest. Ce sont là les deux ajouts fondamentaux du Conseil présidentiel dans le document électoral. Nous étions étonnés de voir ces ajouts » rapporté par Le Nouvelliste dans son édition du 23 décembre 2025.

Quelques jours après la publication du calendrier électorale et la polémique qui s’en suivait entre le CEP et le CPT, le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, a voulu marquer sa différence et se démarquer de la décision de la présidence de la République qui a apporté quelques modifications dans le texte. Le mardi 30 décembre 2025, il a rendu une visite officielle au siège du CEP selon un communiqué de la Primature qui qualifiait cette visite d’acte de soutien du Premier ministre dans la dynamique de préparation des élections prévues pour 2026. Profitant de ce déplacement fort médiatisé à Pétion-Ville, la Primature précisait que : « Le gouvernement prend acte avec satisfaction de la publication du calendrier électoral par le CEP et félicite le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) pour son engagement dans l’élaboration du décret électoral, qui offre au pays un calendrier réaliste, crédible et conforme aux exigences démocratiques. Au cours de cette rencontre, le Premier ministre a réitéré son soutien sans réserve au CEP et souligné la volonté du gouvernement d’accompagner chaque étape du processus électoral. Il a rappelé que la sécurité, la protection des populations déplacées et la stabilité nationale demeurent des priorités absolues, afin de garantir à tous les citoyens la possibilité d’exercer librement leur droit de vote. Le Premier ministre a lancé un appel à la Communauté internationale pour un appui renforcé aux forces nationales de sécurité, notamment à la Force de répression des gangs (FRG). »

Le même jour, juste après la visite dite officielle par l’entourage du chef du gouvernement, Jacques Desrosiers, le Président du Conseil Électoral Provisoire, allait rencontrer Carlos Ruiz Massieu, le Représentant spécial en Haïti du Secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres. Cette rencontre autour de l’organisation des élections avait pour objectif de parler du financement, des logistiques, de l’accessibilité nationale et du vote de la diaspora. Les deux hommes ont estimé que le processus était sur la bonne voie et que la publication du calendrier électoral dans le journal officiel marque un tournant décisif. Celui qui est aussi chef de la BUNIH (Bureau intégré des Nations Unies en Haïti) établi par la Résolution 2476 du Conseil de sécurité depuis le 25 juin 2019 a salué la volonté des autorités haïtiennes, notamment celle du Conseil électoral, à réaliser des élections crédibles et inclusives. Enfin, Carlos Ruiz Massieu a réitéré son appel vis-à-vis des partenaires internationaux qui soutiennent le processus électoral à honorer leurs promesses sur le plan financier et sécuritaire en augmentant la force de répression des gangs (FRG) qui devait remplacer les forces kenyanes sur le départ au cours de l’année 2026.

(À suivre).

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