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Haïti | Cinq ans après le magnicide : qui a tué Jovenel Moïse, et pourquoi la République attend-elle toujours la vérité ?

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Le 7 juillet 2021 s’inscrit parmi les dates les plus sombres de l’histoire politique récente d’Haïti. Cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse dans sa résidence privée, une interrogation continue de hanter la République : qui a véritablement ordonné ce crime et dans quel objectif ?

Depuis l’assassinat du président Vilbrun Guillaume Sam en 1915, aucun chef de l’État haïtien n’avait été tué en exercice. Certes, l’histoire nationale est jalonnée de coups d’État, d’exils forcés et de renversements de pouvoir. Jean-Bertrand Aristide fut contraint de quitter le pays en 2004 avant d’y revenir plusieurs années plus tard. Mais le meurtre d’un président encore installé à la tête de l’État, même au cœur d’une vive controverse sur la durée de son mandat, constitue une rupture institutionnelle d’une gravité exceptionnelle.

Le débat juridique sur l’expiration du mandat de Jovenel Moïse ne fait pas disparaître une réalité incontestable : dans les faits, il exerçait encore les fonctions présidentielles la nuit où il a été abattu. Son assassinat engage donc la responsabilité de l’État quant à la manifestation de la vérité.

Aux États-Unis, plusieurs protagonistes ont été poursuivis et condamnés dans le cadre de la procédure fédérale. En Haïti, en revanche, le dossier reste enlisé. L’action publique semble suspendue, comme si le quid prodest — à qui profite le crime ? — ne devait jamais recevoir de réponse.

Comment expliquer qu’après cinq années, tant de zones d’ombre persistent ? Pourquoi autant de responsables présents au sommet de l’État à cette époque n’ont-ils jamais été soumis à un interrogatoire approfondi ? Pourquoi les autorités politiques, policières et judiciaires de l’époque n’ont-elles pas toutes été confrontées méthodiquement aux éléments du dossier ?

L’ancien Premier ministre Claude Joseph, aujourd’hui engagé dans la compétition politique, ne devrait-il pas répondre à toutes les interrogations liées aux heures qui ont précédé et suivi le magnicide ? Martine Moïse, survivante de l’attaque, n’a-t-elle pas, elle aussi, des éléments susceptibles d’éclairer certains aspects de cette nuit ? Qu’en est-il des anciens ministres de la Justice, des responsables des services de renseignement et de l’ancien directeur général de la Police nationale d’Haïti, Léon Charles ? Dans un État où l’enquête judiciaire suivrait son cours sans considération politique, tous ces acteurs auraient normalement été entendus de manière exhaustive.

L’absence de réponses nourrit les hypothèses les plus diverses et fragilise davantage la confiance dans les institutions. Une démocratie ne peut durablement accepter que l’assassinat de son chef d’État demeure entouré d’autant d’incertitudes.

Au-delà de la politique, reste aussi un destin brisé. Jovenel Moïse représentait, pour une partie de la population, l’idée qu’un citoyen issu d’un milieu modeste pouvait accéder à la magistrature suprême. Cette trajectoire rappelait le principe fondateur de la République : l’État appartient à tous les Haïtiens, indépendamment de leur origine sociale ou de leur fortune.

Cinq ans plus tard, une question domine toutes les autres : Haïti connaîtra-t-elle un jour les véritables commanditaires, les exécutants et le mobile exact de ce magnicide, ou ce crime rejoindra-t-il la longue liste des dossiers où la raison d’État finit par l’emporter sur l’État de droit ?

cba

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